" Harmonia, Honor, Humanitas "
Une loge maçonnique havraise du Grand Orient de France


 


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Historique de la maçonnerie havraise et de la loge des 3H

Résumé

La Loge des 3H est l’une des plus anciennes de France car elle a été officiellement reconnue par le Grand Orient en 1794. Elle s’est régulièrement réunie depuis, à l’exception de périodes troublées, comme celle de l’occupation allemande de 1940 à 1944. Son nom rappelle la période révolutionnaire durant laquelle son existence officielle a commencé. En effet, les trois haches dont il est question désignent l’instrument bien connu, à lame tranchante, qui se vit attribuer des fonctions diverses tout au long de l’histoire. Il serait erroné d’y voir la lettre initiale du Havre, de Honfleur et d’Harfleur. Toutefois, depuis la fin du XVIIIe siècle, on s’est évertué à remplacer la signification première par l’énumération de trois vertus : Harmonie, Honneur, Humanité.

En France, la Franc-Maçonnerie est apparue vers 1730 et Le Havre a vu se créer une, puis plusieurs loges quelques années après, d’abord rattachées à la Grande Loge d’Angleterre. Elle a servi de lien entre des notables dont certains ont participé à l’élaboration des réflexions présentées au Roi lors des Etats généraux de 1789. Ouverte à beaucoup de courants de pensée, la Franc-Maçonnerie havraise a compté aussi bien des progressistes que des conservateurs dans ses rangs. A l’époque républicaine, la Loge des 3H a été active dans le domaine social en accordant des livrets d’épargne aux enfants méritants et en aidant les plus défavorisés. A la Libération, elle a repris ses activités dans un local qui avait beaucoup souffert de la présence de l’occupant. Depuis les années 80, elle a essaimé et généré plusieurs loges au Havre et dans sa région



1. Les origines : de 1738 à 1789

2. De 1789 à 1794

3. De 1794 à 1815

4. De 1815 à 1830

5. Sous la monarchie de juillet

6. De 1848 à 1862

7. De 1863 à 1914

8. De 1914 à 1940

9. De 1940 à 1945

10. Après 1945 : le réveil


Sources :

M. Lécureur et O. Pringard, La Franc-maçonnerie au Havre 1738-1815 (Bertout 1994)
O. Pringard, République et Franc-maçonnerie au Havre 1815-1945 (Bertout 2002)

 

dessin Louis Lepicard

Les origines : de 1738 à 1789

La première loge havraise, La Fidélité, naquit probablement en 1738. Elle était dirigée en 1744 par Joseph François Le Noble, un ancien échevin du Havre de Grâce.

A cette époque, l'accès aux grades est payant (respectivement 8 et 4 louis pour les grades d'apprenti et de maître, c'est-à-dire le salaire d'un ouvrier pour 6 mois et 3 mois de travail) et les premiers maçons havrais étaient surtout des membres de la haute bourgeoisie négociante.

Après une période troublée durant laquelle la maçonnerie havraise se divise en deux loges (La Fidélité et L’Aménité) et la Grande Loge d'Angleterre suscite la création d’ateliers éphémères (L'Unité et La Sagesse), la naissance du Grand Orient de France, entre 1771 et 1774, va permettre à la maçonnerie havraise de prendre son envol : La Fidélité sera reconnue en 1775 puis L'Aménité en 1776. Plus de 200 maçons seront initiés entre 1776 et1789, date à laquelle les loges havraises comptent environ 60 maçons.

 

 

 

De 1789 à 1794

En 1789, la participation politique des frères fut modeste : si trois francs-maçons havrais font partie des députés qui élaborèrent les cahiers de doléance, aucun ne figure parmi les députés envoyés aux États Généraux.

Globalement les frères sont partisans d'une « révolution des notables » soucieuse d’éviter les débordements populaires. Les loges auxquelles ils appartiennent souffrent d’une crise des recrutements. Ainsi, L’Aménité perd ses 24 officiers de marine de 1788 à 1793. Il est vrai qu’en 1791 les travaux se sont trouvés suspendus pendant plusieurs mois et que ce qui reste de la communauté maçonnique est scindé en un courant majoritaire conservateur et une minorité progressiste. Aux travaux maçonniques, les frères préfèrent en fait la participation à l'administration de la ville ou aux débats des trois clubs politiques de la ville : la Société saint-Charles, la Société des Amis de la Constitution et la Société des Haches, qui est la plus mal connue des trois sociétés. Si elle ne compte que 4 maçons parmi ses 81 membres en 1791, elle va peu à peu se transformer en loge maçonnique : la future loge des Trois Haches.

Le 9 décembre 1792, 12 frères demandent au Grand Orient de France l’attribution de lettres patentes pour un nouvel atelier portant cette titulature porteuse de « culture jacobine ». La hache se retrouve en effet dans l’iconographie révolutionnaire comme objet tranchant les liens qui retiennent la liberté. Elle se retrouve sur le tableau de la loge havraise au sommet de la pierre cubique à pointe.

Si la loge est assurément une sorte de société populaire, il n’en est pas de même des deux ateliers d’Ancien Régime. Parmi les suspects d’activité contre-révolutionnaire arrêtés à cette période se trouvent d’ailleurs douze maçons de La Fidélité ou de L’Aménité qui, lorsqu’ils se sont transférés à Nointôt avec d’autres suspects en mars 1794, organisent une “loge carcérale“ sous le titre de La Fidélité et L’Aménité réunies, fait peut-être unique dans l’histoire de la franc-maçonnerie de cette époque. Elle procéde à au moins 7 réceptions de profanes pendant l’an II. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que La Fidélité ait retardé la livraison des lettres constitutives de la loge des Trois Haches. Elles sont finalement délivrées le 30 avril 1794 et la loge installée le 4 juillet 1794, soit 20 jours avant le coup d’état du 9 Thermidor qui mit fin à la période robespierriste. Les 46 civils fondateurs sont, sans surprise, issus du monde de l’échoppe et de la boutique.

 

 

De 1794 à 1815

L’épuration qui fait suite à la chute de Robespierre touche environ 20% des membres de la nouvelle loge, dans un contexte où la loge est traversée par les divisions entre jacobins et thermidoriens qui décident en novembre 1796 de donner naissance à un nouvel atelier : Les Vrais Amis.

En 1795 La Fidélité et L’Aménité sont également en activité et, au moment du coup d’état du 18 brumaire (16 novembre 1799), ce sont donc quatre loges qui sont actives au Havre. En 1800, le Premier Consul nomme Stanislas Faure premier sous-préfet de l’arrondissement du Havre. Ce Frère, qui reste sous-préfet jusqu’en juillet 1811, sera le plus fidèle soutien de la franc-maçonnerie havraise pendant le Consulat et l’Empire dans un contexte marqué par la forte imbrication de la politique et de la maçonnerie (un tiers des initiés de La Fidélité, de L’Aménité et des Vrais Amis forment le tiers du conseil municipal désigné en septembre 1800).

Très politisée, la loge des Trois Haches voit fondre ses effectifs. Elle passe de 82 en 1794 à 29 membres en 1802. Ce contexte la conduit à abandonner sa titulature encombrante : à partir de 1805, date marquant une nouvelle augmentation de ses effectifs (80 en 1805, dont la moitié de militaires), elle décide de devenir les 3 H avec pour valeur de référence les mots Honneur, Harmonie et Humanité. Elle est, à la fin de l’Empire, l’une des deux loges qui, avec L’Aménité, survivent à l’ordre napoléonien.

 

 

Jeton de présence
des 3H
1793

 

De 1815 à 1830

Le gouvernement de Louis XVIII, malgré la protection du favori Decazes, manifeste de fortes préventions à l'égard de la franc-maçonnerie qui s'était trop compromise avec le régime napoléonien. Au Havre, où la désaffection a commencé depuis 1810, les effectifs s’en ressentent. En 1819, L’Aménité et Les 3H ne comptent à elles deux qu'à peine 60 frères.

Dans ce contexte difficile, le clivage politique entre libéraux et légitimistes traverse la Franc-maçonnerie, L'Aménité s’ouvrant aux notables ralliés aux Bourbons, alors que Frères des 3H sont réservés vis-à-vis du nouveau régime. A partir de 1820, au moment où s’amorce la réaction ultra, le libéralisme devient la sensibilité dominante dans les deux loges qui sont au Havre les rares espaces de libre expression.

Sur le plan maçonnique, la fin de la Restauration présente l’intérêt de voire émerger l’un des premiers ateliers de province travaillant au Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA). Suite au refus de la régularisation d’une loge d’Ingouville (Les Amis des Arts), que L’Aménité et Les 3 H trouvent ouvertes à des hommes appartenant à des catégories sociales qu’ils jugent indignes (octobre 1829), les membres de cet atelier provisoire se tournent vers le Suprême Conseil de France, obédience écossaise qui concurrence le Grand Orient de France. Reconnu en décembre par celui-ci, l’atelier prend le nom de L’Olivier Ecossais.

Jeton de présence des 3H -1815

 

 

 

 

Edouard Corbière

Sous la monarchie de juillet

Durant l’année 1830 le Journal du Havre, sous la houlette des francs-maçons Edouard Corbière et Stanislas Faure, est le porte parole de l'opposition libérale, puis le vecteur de l’agitation politique lors des Trois Glorieuses. Plus généralement, nombre de Frères participent activement à la crise politique qui voit l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe, puis entrent dans la nouvelle municipalité. Dans ce contexte, la sociologie des ateliers évoluent. Les trois ateliers s’ouvrent largement à la petite bourgeoisie républicaine.

Sur le plan maçonnique local, la période est marquée par l’affirmation de L’Olivier Écossais qui, après s’être réunie au 144 Grand Rue à Ingouville, rejoint L’Aménité au 17 de la rue du Grand Croissant, en 1843.

En dépit de ce contexte meilleur que montre la croissance des effectifs (250 Frères en 1847), la vie des loges reste cependant instable. Ainsi, le nombre de maçons du Grand Orient diminue durant les premières années de la monarchie de Juillet (100 Frères en 1829, 91 en 1835) et L’Aménité voit ses effectifs fondre (de 41 en 1829 à 17 en 1835) au point qu'est envisagée sa mise en sommeil. Cet atelier, qui occupait depuis 1829 un temple au 3 rue d’Orléans, retourne au 17 de la rue du Grand Croissant et ne reprend de la vigueur que dans les années 1840.

Les Trois H, plus réceptifs aux idées socialisantes, font preuve d’un dynamisme plus important puisqu’il regroupent à eux seuls presque la moitié des maçons havrais à la veille de la Révolution de 1848.

 

 

 

Jeton de présence
des 3H
1860

De 1848 à 1862

A partir de cette date, la croissance semble devenir régulière : la franc-maçonnerie havraise compte 300 Frères en 1867 et 365 à la fin de la Troisième république, en 1935. Cette régularité cache cependant une histoire chaotique faite de moments heureux et de pages sombres. Ainsi, sous la Deuxième république, si les francs-maçons havrais qui étaient souvent d’actifs républicains (plus de la moitié des Frères des Trois H, un tiers d’Aménité et 10% de l’Olivier Écossais appartenaient aux Comités républicains) furent peu directement atteints par la répression anti-républicaine, celle-ci provoqua une baisse de dynamisme.

On enregistre 128 départs entre 1849 et 1851, dus au fait que nombre de frères, abattus par la défaite, pensaient que la franc-maçonnerie était incapable d’action progressiste. Après le coup d’état du 2 décembre 1851, dans un contexte où le pouvoir presse les obédiences de contrôler les loges et d’évincer les loges républicaines, les choses ne s’améliorent pas. La fuite des éléments progressistes s’accentue et, en 1853, les effectifs des deux loges du Grand Orient ont diminué de moitié par rapport à 1848.

C’est dans ce contexte qu’est décidé la construction d’un temple commun : en 1859, les trois loges constituent une société et lancent une souscription qui permet en 1860 l’achat d’un terrain, rue du Débarcadère. Un temple y sera construit en 1862, mais les loges se sont lourdement endettées.

 

 

Félix Santalier et Sébastien Faure

De 1863 à 1914

L’installation dans le nouveau temple marque le début d’une ère durant laquelle les Frères havrais seront des éléments particulièrement actifs. Par le biais de leur engagement en faveur de l’éducation populaire (Ligue de l’Enseignement), dans la presse (Paul Vasselin) ou pour la pacifisme (Félix Santallier), ils sont des vecteurs très efficaces de la républicanisation et de la laïcisation de la société havraise. Sur le plan interne, la suppression par le GODF de la référence au Grand Architecte de l’Univers (1877) affecte la vie des Trois H. En 1880, l’atelier ne compte plus que 33 membres, les deux ateliers les plus importants du Havre étant L’Aménité et L’Olivier Écossais.

A la fin du siècle, La Grande Loge de France (1895) qui, à partir du Suprême Conseil tente de réunir la famille écossaise et montre le souci de préserver cette référence, connaît également des turpitudes liées à cette question, qui ont des répercussions au Havre.

Le schisme de la Grande Loge Symbolique Ecossaise indépendante en 1879-1880, né des réticences de certains écossais face au maintien de cette référence, a en effet touché L’Olivier Écossais, la loge figurant parmi les ateliers confédérés dans cette petite obédience dissidente. Une partie des frères restant fidèles à la Grande Loge, ce sont deux ateliers qui se réunissent sous le nom de L’Olivier Ecossais : la n°1 rue Caroline, sous l’égide de la GLSE, la n° 38, passage Bernardin de Saint Pierre Celle-ci cesse ses travaux en 1883. Toutes ces péripéties ne sont pas favorables : ainsi, vers 1890 il ne reste plus qu’environ 150 maçons au Havre. 90 sont affilés au Grand Orient et une soixantaine à L’Olivier Écossais n° 1. De ces difficultés découle une recomposition du panorama maçonnique : L’Aménité ferme provisoirement ses portes en 1902 et L’Olivier Écossais se réunit en 1897. Il reste alors deux ateliers pour 87 frères.

Cette baisse d’effectifs n’empêche pas la franc-maçonnerie de rayonner. Ainsi, doit-on noter son attraction auprès des femmes, phénomène qu’a facilité il est vrai l’émergence de la première obédience mixte Le Droit Humain en 1893. La loge n° 5 est fondée au Havre dès septembre 1902, avec le soutien de certains frères des Trois H, autour d’un noyau d’enseignant(e)s. Le fonctionnement de ce nouvel atelier les convainquit, au point que l’initiation des femmes fut discutée aux Trois H en 1906 et que les visites se firent régulières, en dépit de la non reconnaissance du Droit Humain par le Grand Orient ou la Grande Loge. A partir de 1910 les frères et sœurs du Droit Humain rejoignirent les ateliers masculins dans le local qu’ils occupaient depuis 1908 rue Naude (rebaptisée en rue Emile Combes en 1921).

 

 

 
 

De 1914 à 1940

La grande guerre perturba profondément le fonctionnement des loges : 60 frères furent effet mobilisés et ceux qui restèrent s’activèrent dans l’envoi de colis et de courrier aux combattants. Les tenues des loges consistaient ainsi plus en la lecture des courriers qu’en des travaux philosophiques. C’est la loge n° 5 du Droit Humain qui souffrit le plus du conflit : elle disparut en 1917. A la fin de la guerre, on comptait une centaine de frères pour deux ateliers : Les Trois H et l’Olivier Écossais n° 38. La fin du conflit voit cependant la franc-maçonnerie renaître rapidement et connaître un succès remarquable : on passe de 130 frères en 1920 à 380 au moment de la Seconde guerre mondiale grâce à une démocratisation due à la baisse des cotisations.

Dans ce contexte de croissance, il est envisagé, en 1921, l’achat d’un local. L’année suivante, les ateliers créent l’association « Progrès et Lumière » qui achètent un local rue Baudin, lequel est inauguré en 1926.
En 1931, 17 frères des Trois H créent un nouvel atelier : les Deux Hémisphères ou Deux H. Ils sont rapidement rejoints par une quinzaine de frères qui refusent le renouveau spiritualiste que connaissent alors les Trois H. Ce nouvel atelier sera agité par des débats politiques qui aboutirent à sa mise en sommeil en 1939.
La question de la franc-maçonnerie féminine rebondit également . En 1934 les Trois H se déclarèrent favorables à l’initiation des femmes. En 1936 l’Olivier Écossais constitua une « loge d’adoption », la n° 38bis, probablement la dernière à apparaître en France dans un contexte marqué par la volonté d’éviter l’existence d’une obédience féminine autonome

 

 

De 1940 à 1945

La Seconde Guerre mondiale est marquée par l’existence d’un antimaçonnisme d’Etat qui conduit au fichage des francs-maçons (12 août 1941). Jusqu’en juin 1944 les identités de près de 160 frères et sœurs havrais seront publiées et les fichiers de Vichy auraient concerné 320 maçons havrais sur les 383 de 1940.

Beaucoup de maçons s’engagèrent dans la Résistance et la franc-maçonnerie havraise, sous la houlette d’hommes comme Gérard Morpain, Henri Choquet ou Henri Chandelier, a joué un rôle méconnu qui a pourtant coûté cher en vies humaines. A la suite d’une dénonciation, le réseau de Gérard Morpain est décimé en juin 1941 : six sont fusillés (dont Morpain) et deux déportés.

Les rescapés du réseau se regroupent sous le nom de Groupement de Résistance Générale – Heure H et auront, ainsi que le réseau d’Henri Choquet, antenne havraise de Libération-Nord, une activité de renseignement et de fabrication de faux papiers jusqu’à la fin de l’occupation. Même si les résistants « officiels » ne sont que 42, on considère que 20% des maçons havrais ont participé aux actions de la Résistance parmi lesquels onze en moururent.

 

 

 

Après 1945 : le réveil

Dès le début de cette année, les Trois H et l’Olivier Écossais s’étaient reconstitués. A la fin des années 50, un atelier du Droit Humain renaissait, et à l’heure actuelle sept obédiences sont représentées au Havre, permettant à chacun de s'épanouir librement selon ses goûts et sa philosophie.